Les Femmes d’Alger

Éditorial

Par Yasmine Boudjenah
Première adjointe au maire de Bagneux (92)

Lorsque cette majestueuse exposition a fait escale à Bagneux, Kahina, une jeune collaboratrice travaillant avec les élus, m’a lancé à la vue de l’affiche : « Mais… c’est ma grand-mère ! » Elle avait reconnu Tamazgha, cette femme berbère universelle que Mustapha Boutadjine a imaginée, belle et inoubliable comme l’Algérie.
Impossible de se détacher des yeux de Tamazgha. Ils sont un appel à s’approcher, à écouter, à chercher son histoire. Et justement, dans chacun de ces portraits, les yeux de ces femmes courageuses et parfois (trop) méconnues nous racontent l’Histoire, avec un grand « H ». Rebelles, combattantes, parfois arrêtées, torturées, violées, exécutées. Au cœur de cette guerre d’Algérie, dont on a longtemps tu le nom, leurs prénoms se sont mêlés dans la lutte pour la liberté : Louisette, Djamila, Raymonde, Ourida, Hassiba, Germaine, Baya, Jacqueline, Simone, Gisèle, Annie…

Grâce à Mustapha, elles continuent de témoigner de ce combat universel pour l’émancipation, elles qui savent plus que les hommes ce qu’il a de vital. Et les avoir immortalisées avec ces petits bouts de papier issus de magazines de luxe et de « beauté » ajoute un clin d’œil qui leur va bien ! Oui, elles sont belles. Elles sont « les Femmes d’Alger ». À jamais.
Et si au lendemain de l’indépendance, ces militantes algériennes avaient été reconnues à leur juste place, avec leurs sœurs, l’avenir de l’Algérie aurait sans doute pu s’écrire autrement. Quelques décennies plus tard, les femmes ont dû reprendre le flambeau pour résister à la barbarie intégriste.
Aujourd’hui, nous assistons ici à des résurgences inquiétantes, banalisées par des faiseurs de haine qui n’ont jamais accepté l’issue de 1962. Où es-tu République ? Où es-tu Liberté ? Heureusement, des artistes de la sensibilité et du talent de Mustapha nous aident à ne pas vous perdre. Ici. Là-bas.
Merci cher Mustapha.
Chaque jour, Tamazgha continue d’accueillir les visiteurs de l’Hôtel de Ville.
Pour notre plus grande fierté.