SIDI BÉMOL

Poètes

Sidi Bémol
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2008 – Graphisme-collage, 130 x 90 cm

Son du Maghreb et du monde

Par Ira Wizenberg
Productrice et éditrice phonographique

En 1998, Cheikh Sidi Bémol enregistre un premier disque étonnant de fraîcheur, inclassable par ses sonorités bédouies, blues, traditionnelles et rock, avec la complicité d’artistes qui marqueront la scène musicale algérienne : Youcef Boukella (ONB), Amazigh Kateb (Gnawa Diffusion), les frères Laoufi (Gaâda Diwane de Béchar), Karim Ziad…
Neuf albums plus tard, Sidi Bémol surprend toujours par la créativité et la diversité de son univers. Du « gourbi-rock » des débuts, aux expériences gitanes de Afya en passant par le « berbero-celtic groove » de l’album Paris-Alger-Bouzeguène et les « Chants marins kabyles », Sidi Bémol bourlingue, brassant les musiques du Maghreb et du monde, créant des fusions originales, modernes et authentiques. Dans les années 80, Hocine Boukella (futur Cheikh Sidi Bémol), est un étudiant algérois qui taquine la guitare et la plume. Musicien, il évolue dans les milieux underground où les musiques maghrébines novatrices sont en gestation ; il est également bédéiste, mais ses planches sont clouées au pilori par une censure frileuse. Bref ! Il vit la galère artistique des jeunes créateurs pris aux rets d’une culture officielle sclérosée. En 1985, il s’offre un recul, loin du microcosme frustrant d’Alger : il débarque à Paris pour… un doctorat en génétique des populations. La quiétude universitaire sera de courte durée.
En 1988, il quitte la science pour se consacrer à l’art. Des expositions de dessins, quelques rares concerts et, surtout, beaucoup de petits boulots sur des chantiers du bâtiment jalonneront cette période de galère artistique parisienne marquée par une expérience éprouvante de plusieurs années « sans papiers », avant d’arriver enfin à… « L’Usine » !
En 1997, Sidi Bémol et des amis musiciens algériens, compagnons de galères, se regroupent en collectif pour louer un local désaffecté qui devient vite un point de ralliement incontournable pour la scène algérienne de Paris, et un laboratoire de création artistique où mûriront de nombreuses expériences musicales de la scène algérienne des années 2000. Le lieu accueille également des plasticiens, des photographes, des webmasters.
Il est baptisé « Louzine » (« l’usine », prononcé à la manière des « Chibanis »), clin d’œil à une certaine filiation des exils. Un film témoigne de la vitalité de ce vivier : Bled Music à l’Usine (documentaire réalisé par Samia Chala et Sid Ahmed Sémiane en 2007).
Pendant dix ans, Sidi Bémol dirige l’association des artistes de L’Usine tout en menant sa carrière de musicien et de dessinateur. Il organise l’aménagement de studios de répétition et d’enregistrement et oriente l’activité dans le sens de la professionnalisation des artistes.
Il gère également les rapports délicats entre artistes, les relations fluctuantes avec les institutions municipales et les conflits inévitables avec les propriétaires des locaux.
Sidi Bémol est également connu pour ses dessins signés « Elho » et publiés sur son blog
« Le Zembrek », rassemblés dans des recueils qu’il présente lors d’expositions ou qui paraissent dans la presse.