PELÉ

Black is toujours beautiful

Pelé
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2010 – Graphisme-collage, 100 x 90 cm

L’homme aux crampons de vent

Par Emmanuel Raynal
Journaliste

C’était avant que le foot ne devienne ce qu’il est devenu, cette béquille sportive du capitalisme financier mondialisé, cette arène planétaire dans laquelle des gladiateurs en short, millionnaires à foison, divertissent le bon peuple en mal d’espoir et d’émotion, sous la coupe d’une FIFA corrompue par les flots d’argent ensevelissant le ballon rond. C’était avant tout cela, quand la manière comptait davantage que le résultat, quand un gamin de dix-sept ans, insouciant, joyeux et bondissant, faisait tourner en bourriques des défenses aux abois, à coup de dribbles et de feintes aussi magiques qu’inattendus. Trois Coupes du monde plus tard dans l’escarcelle et 1 285 buts inscrits en 1 322 rencontres, Edson Arantes do Nascimento, né le 23 octobre 1940 à Três Corações, qui fut cireur de chaussures dans sa jeunesse, était devenu pour l’éternité le roi Pelé. L’homme aux crampons de vent et à l’éternel rire d’adolescent deviendra en 1994 ministre des Sports, le premier homme de couleur à occuper une telle fonction au Brésil. En parallèle à cette carrière hors normes, un autre artiste du ballon rond fit chavirer les foules. Malheureusement, et c’est bien dommage, le parcours footballistique de ce jeune homme ne connut pas tant d’honneurs.
Qu’il soit permis ici de réparer cette sourde injustice. Car oui, Mustapha Boutadjine a joué dans de grands clubs algérois, à la pointe de l’attaque, souvent ailier (très à gauche déjà), surnommé Rivelino par ses coéquipiers, ce qui indique à l’évidence que le cuir ne l’embarrassait pas. Évoluant d’abord à l’USMMC (El Harrach, ex-Maison Carrée) sous les commandes de l’ancienne gloire du Mouloudia d’Alger, Ali Benfedda, il est ensuite transféré au club emblématique du CRB (Belouizdad, ex-Belcourt), toujours à Alger, sous la houlette du fameux Hacène Lalmas, comme entraîneur-joueur. Après une sélection en équipe nationale junior, ce parcours prometteur s’arrête trop tôt quand il doit quitter Alger pour poursuivre des études supérieures aux Arts-Déco à Paris, durant les années soixante-dix. Plus tard, il rechaussera les crampons dans un petit club de banlieue parisienne, Clichy-sous-Bois, sous la direction d’un autre entraîneur-joueur reconnu, Nadir Bendrama. Durant toutes ces années, le footballeur méconnu et talentueux a ainsi cohabité avec le graphiste reconnu et tout aussi talentueux. Comme quoi, on peut être aussi doué avec ses pieds qu’avec ses mains !