JEAN-MICHEL BASQUIAT

Black is toujours beautiful

Jean-Michel Basquiat
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2000 – Graphisme-collage, 120 x 90 cm

Le Rimbaud de la peinture

Par Maurice Ulrich
Journaliste à L’Humanité

Il meurt d’une overdose à vingt-sept ans comme Brian Jones, Jimi Hendrix, Jim Morrison, Kurt Cobain. Né en 1960, en moins de dix ans, il a peint plus de 900 tableaux, dont de nombreux grands formats. À vingt-deux ans il est déjà invité à la Documenta de Kassel. Il laisse plus de 1 250  dessins. Il a partagé à la Factory la vie d’Andy Warhol et ils ont réalisé des œuvres en commun. Jean-Michel Basquiat est donc entré et passé dans l’histoire de l’art comme un météore. La fureur de vivre et la fureur de peindre. On le compare bien sûr à Rimbaud. On le croit trop facilement né ou venu de la rue. On cherche son inspiration dans la culture vaudou en raison des origines haïtiennes et dominicaines de ses parents. On le croise avec la bande dessinée et la pub. On insiste sur son choix de héros afro-américains, musiciens ou boxeurs, sur ses débuts de graffeur qui signe « Samo » à Greenwich Village, ce qui est un raccourci pour Same Old Shit, littéralement : la même vieille merde… Tout cela est vrai, mais cela ne suffit pas, car Jean-Michel Basquiat était un peintre, un grand peintre.
Il y a des lectures réductrices et commodes du génie. Parce que Rimbaud, donc, a écrit « Je est un autre » et « tant pis pour le bois qui se trouve violon », on oublie qu’il était en classe premier prix de vers latins et qu’il était nourri de poésie et de culture classique. Basquiat fut indiscutablement un météore, mais pas un ovni. Sa mère encourage son goût pour le dessin, elle l’emmène régulièrement dans les musées de New York et il suffit de regarder sa peinture pour voir à quel point elle intègre et revisite l’héritage des plus grands dont on peut dresser aisément une liste évidente et non exhaustive : Matisse, Picasso, De Kooning, Rauschenberg, Twombly… Il y a des contemporains comme les Français Hervé Di Rosa, Robert Combas. Familier de la peinture, des œuvres les plus fortes du siècle, il la maîtrise.
Regardons, par exemple, Boy and Dog in a Johnny Pump, de 1982. Les grands aplats rouges et verts renvoient à Matisse. Regardons ces sourires grimaçants déjà présents chez De Kooning… Ce n’est certes pas banaliser Jean-Michel Basquiat que de dire cela. C’est même tout le contraire. Car s’il a la force de créer ce langage qui n’est qu’à lui, avec en effet les références multiples qui le travaillent et qu’il assume, c’est bien parce qu’il s’en est donné les moyens plastiques. Quoi qu’ils aient à dire et de quelque manière qu’ils le disent, il n’est jamais de grands peintres qui n’aient compris la magie et les lois secrètes de la peinture.