SALAH HAMOURI

Insurgés

Salah Hamouri
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2010 – Graphisme-collage, 130 x 95 cm

Le combat continue

Par Thomas Lemahieu
Journaliste à L’Humanité

Un jour de plus. Puis un autre. Et encore un… 2 457 jours, au total. Regard vif et franc, yeux bleus, lèvres pincées dans un sourire. Toujours la même tête en haut de ces pages d’un quotidien, L’Humanité. Ça n’a que trop duré. Mais on ne la verra pas trop ailleurs, sa tête. Combien de temps, combien de nuits ? Voilà, il fallait le voir, le visage de Salah Hamouri, c’était celui d’un frère, celui de notre indignation. Né de père palestinien et de mère française, Salah faisait des études de sociologie à Bethléem. Le 13 mars 2005, Salah est arrêté par les militaires israéliens. On lui reproche d’avoir été vu près du domicile d’Ovadia Yossef, chef du Shass.
On l’accuse de fomenter un complot visant à assassiner le dirigeant du parti religieux d’extrême droite en Israël. Circonstance aggravante – mais non fondée – aux yeux de l’injustice militaire israélienne, il est réputé membre du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). C’est signé. Après trois années de détention sans charges, ni procès, il sera condamné à une peine de sept ans d’emprisonnement par un tribunal militaire, installé à Ofer en Cisjordanie au mépris du droit international. La boucle est bouclée : dénonciation anonyme, délit d’intention, justice d’exception.
Mais l’injustice israélienne se double d’une injustice proprement française. Quand le comité de soutien de Salah réclame une intervention du gouvernement Fillon, celui-ci se défile à chaque étape, bien souvent. À sa sortie en décembre 2011, au terme de près de sept années de détention, le jeune homme dira sobrement : « J’aurais voulu être libéré il y a des années. Or, pendant tout ce temps, les demandes de libération formulées par Paris n’étaient que trop timides. Je n’ai pas été défendu comme un vrai citoyen français. Je continue de croire que ma libération a été obtenue grâce aux efforts depuis sept ans de mon comité de soutien en France, présidé par Jean-Claude Lefort [député honoraire communiste et militant de l’Association France Palestine Solidarité, NDLR]. C’est ce soutien qui a accentué la pression sur le gouvernement français afin qu’il utilise à son tour ses moyens de pression sur le gouvernement israélien pour obtenir ma libération. »
Aujourd’hui, Salah est libre. Le combat continue. Un jour de plus. Puis un autre. Et encore un…