GUY MÔQUET

Insurgés

Guy Môquet
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2008 – Graphisme-collage, 130 x 95 cm

Un nom comme un drapeau

Par Michel Etiévent
Historien, écrivain et journaliste

C’était un après-midi dans l’ocre blond d’une fin d’octobre 1941. Il fallut, ce jour-là, mourir à dix-sept ans. Dans les ombres de la carrière de Châteaubriant, le vent rapporte parfois ce que fut le calvaire. On entendit des camions, des murmures lointains de Marseillaise, les cris des vingt-sept résistants liés aux poteaux. On ne sait pas si Guy réclama un bandeau.
On sait juste qu’il ne voulait pas mourir. à quoi songea-t-il à deux secondes de la mitraille ? à l’enfance rue Baron où se croisaient l’espoir des galochiers de la rue Berzélius et les cris de misère des chiffonniers de la rue Legendre ? Au petit peuple des faubourgs qu’il frôlait tous les jours au retour de sa petite école des Épinettes ? Au père, député, qui un jour de Front populaire parla enfin de pain, de paix, de liberté ? à ces ouvriers qui chuchotaient congés payés, dignité et soleil au fond des fiches de paie ? L’enfant grandira dans ce dictionnaire de mots nouveaux qu’il va à son tour conjuguer. Derrière le père qui tonne à la tribune contre ceux qui oublient l’Espagne républicaine, il apprendra vite, le petit Guy. Au sein de la Jeunesse communiste, son chemin fécondera entre les solidarités tardives du quartier, les Avant-Garde glissés sous les portes du boulevard Bessières ou de la rue Cardinet. Ici, pour accueillir les réfugiés espagnols sur les quais de la gare de Lyon, là, pour lever le drapeau des ouvriers de Lavalette à Saint-Ouen, ailleurs encore pour défendre au hasard des cours de récré du lycée Carnot les petits juifs qui courbent déjà sous les insultes des beaux enfants de la plaine Monceau. Mais c’est l’heure, Guy. Il faut mourir maintenant. Là-bas le soleil s’écroule dans la douceur des genêts et les mitrailleuses s’impatientent. Encore un peu, père ! Juste le temps d’un orage de guerre, de tracts lancés au cœur des étals de marché de Saint-Ouen. Pour dire Non, non à l’humiliation, à la barbarie nazie, à la soumission. Oui, juste pour dire Non comme le ferait un enfant en colère. Un jour, à la gare de l’Est, on lui passera les menottes, on tentera de lui extorquer des noms. Sous les coups il ne livrera que le sien puis sera déporté vers Châteaubriant, ce vivier d’otages qu’il suffira de cueillir. C’est là qu’il va mourir. À l’instant. à dix-sept ans… « à toi, petit papa, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre le chemin que tu m’as tracé. » Viendra l’éblouissement. Les dix balles au cœur du jeune communiste.

Au feu et aux nuits des maquis, son nom, bientôt, sera un drapeau.