LEONARD PELTIER SITTING BULL

America basta

Leonard Peltier et Sitting Bull
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2004 – Graphisme-collage, 100 x 81 cm

Mon crime est d’être Indien…

Par Dee Brooks
Journaliste à la Nouvelle Vie ouvrière

S’ils sont nés à plus d’un siècle d’écart, Sitting Bull et Leonard Peltier s’inscrivent dans la même lignée des résistants lakota. De ces hommes dont l’engagement pour la défense des Premières Nations va jusqu’au sacrifice de leur vie.

L’un comme l’autre otages d’une politique d’ethnocide qui, hier comme aujourd’hui, entend rayer de la carte les peuples autochtones d’Amérique pour faire main basse sur leurs terres et toutes les ressources qu’elles contiennent. Et pour cela, tous les moyens seront bons.

Hier, aux États-Unis, l’extermination des bisons et la contamination délibérée par des maladies contre lesquelles les Indiens ne sont pas immunisés, aujourd’hui le traitement des membres des Premières Nations comme des citoyens de seconde zone, parqués sur moins de 3 % d’un territoire dont ils étaient les premiers et uniques occupants.
Et toujours, une acculturation qui tend à nier leurs langues, leur spiritualité, à les séparer de leurs familles, à les maintenir sous dépendance gouvernementale et à nier leur identité, quand elle n’est pas donnée en spectacle comme lors des tournées du Buffalo Bill Wild West Show exhibant Sitting Bull.

En 1890, année de l’assassinat de Sitting Bull dans des circonstances sordides, on ne parle pas de « nettoyage ethnique », mais c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit…
Le vieux chef spirituel des Lakota Hunkpapa, qui vit tant de traités brisés, connut la déportation et la faim après avoir rendu les armes, n’était pas dupe : « Les paroles des Blancs sont écrites sur l’eau », déclarait-il.

En 1975, lorsque Leonard Peltier, membre actif au sein de l’American Indian
Movement (AIM), participe à un mouvement de revendication sur la réserve de Pine Ridge (l’une des plus pauvres du pays) où deux agents du FBI sont tués, il devient le coupable idéal.
Il sera condamné en 1977 à la prison à vie sur la foi du témoignage d’une femme lakota qui se rétractera ensuite et déclarera avoir été harcelée par le FBI. Préalablement à ces événements, une soixantaine d’habitants de la réserve avaient été tués par des milices, infiltrées par le FBI et menant un travail de sape des mouvements des Amérindiens pour leurs droits.

Qu’ils luttent contre Custer ou soient la cible du Cointelpro (*), les combats pour la dignité, le respect de leurs droits et le bien-être des leurs ont guidé les pas de Sitting Bull comme de Leonard Peltier. À plus d’un siècle d’écart, leur crime est d’être indiens.

(*) Programme de contre-espionnage du FBI initié par John Edgar Hoover, visant à perturber, discréditer ou neutraliser les activités des mouvements dissidents et leurs chefs. L’AIM, dont Leonard Peltier était un des membres actifs, en fut l’une des cibles.