JOSÉ MARTÍ

America basta

José Martí
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2014 – Graphisme-collage, 120 x 90 cm

L’Amérique comme seule patrie

Par Michel Taupin
Ingénieur et journaliste-reporter par passion

Héros de la nation cubaine, José Martí Pérez est aujourd’hui l’homme le plus glorifié par le peuple cubain. Derrière le front haut de cet homme frêle né à La Havane dans une famille modeste, diplômé de philosophie et de littérature, brûlent deux passions : l’indépendance de son pays et la littérature. Précoce, il fonde à seize ans un journal nationaliste. Cuba est alors une colonie espagnole. Sa conscience révolutionnaire s’éveille au contact de son directeur de collège Rafael María de Mendive, qui le marquera à jamais. Son humanisme socialiste se forge au cours de ses voyages en Amérique latine, aux États-Unis et en Europe, où il rencontre Victor Hugo. Devenu un enseignant estimé et un pédagogue infatigable, il propage ses idées progressistes grâce aux nombreuses revues qu’il publie, comme Patria, et aux conférences qu’il prononce. Il y expose ses idées d’avant-garde : égalité des peuples, des hommes, des races et des sexes. Dans son essai Nuestra América, il met en garde l’Amérique latine face à la menace impérialiste des États-Unis. Comme son illustre aîné Simon Bolívar, il prône l’union des États d’Amérique du Sud avant que les Nord-Américains ne leur imposent leur hégémonie. Le gouvernement espagnol ne lui pardonne pas son engagement anticolonialiste, ce qui lui vaut l’exil et la déportation à plusieurs reprises. Tout en poursuivant ses activités politiques, il crée une œuvre poétique majeure qui résonnera bien au-delà du seul continent sud-américain. C’est d’ailleurs de l’un de ses poèmes, Versos Sencillos, qu’est extraite la célèbre chanson Guajira Guantanamera, qui a fait le tour du monde. Mettant ses idées en marche, José Martí fonde en 1892 le Parti révolutionnaire cubain. Convaincu que son pays ne pourra accéder à la souveraineté que par une guerre nécessaire, il décide en 1895 – dix-sept ans après l’échec de la première guerre d’indépendance, la terrible guerre de dix ans qui fit plus de 300 000 morts – de lancer un vibrant appel à l’insurrection. Aussitôt, il quitte Haïti avec Máximo Gómez, tout juste nommé général en chef de l’Armée de libération, et débarque à Cuba. Désigné major-général, il s’enfonce dans les montagnes de Baracoa à la rencontre du général Antonio Maceo, le « Titan de bronze », à la tête d’un contingent d’hommes en armes. L’armée mambise est en marche.

Le 19 mai 1895, à la bataille de Dos Ríos, trois balles ennemies abattent José Martí, le Président. Cuba vient de perdre non seulement le poète, le politique, le journaliste et le combattant mais aussi le meilleur visionnaire du futur de la nation. Il ne verra pas l’Espagne vaincue qui se retirera de Cuba en juillet 1898 mais sera aussitôt remplacée par les États-Unis. Bien plus tard, les idées martiennes inspireront la révolution triomphante du commandant en chef Fidel Castro et Cuba libérée et socialiste se réclamera officiellement de sa pensée. Dans son mausolée de Santa Efigenia à Santiago de Cuba, le héros national repose sous le drapeau national et sur une poignée de terre de chacun des pays d’Amérique du Sud, symbole de la pensée du Maître : « L’Amérique comme une seule patrie ».