SAMUDARIPEN

Sous les pavés, le Gitan

©Mustapha Boutadjine

Samudaripen
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2010 – Graphisme-collage, 130 x 95 cm

Tous les camps

Par Claire Auzias
Docteur en histoire contemporaine
Auteur de Samudaripen, le génocide des Tsiganes, Éditions L’Esprit frappeur, Paris

Pourquoi « Samudaripen » ? Il y a tant de mots pour nommer les sévices perpétrés contre les Roms sous le nazisme. Il y a « destruction », il y a « anéantissement », il y a « catastrophe », il y a « holocauste », et « génocide ». Sans exhaustivité.

Et même en langue romani, il y a encore « porrajmos » (la déchirure), « baro meripen » (le grand meurtre), et d’autres… Alors ?
Alors les Roms aussi ont besoin d’un terme de leur propre langue pour conceptualiser cette chose qui n’est pas nommable, qui est unique dans leur histoire et que je désigne, moi, en outre comme un génocide parce que je considère que les tergiversations sur cette horreur de masse qu’ont subie les Roms des années 1933-1946 sont pour le moins obscènes, quant à savoir s’ils sont tous morts ou seulement la moitié d’entre eux !!!
Génocide, bien sûr, le « Samudaripen ».

C’est dans le IIIe Reich qu’ils ont le plus souffert, étant directement sous les lois nazies. Ils ont connu là tous les camps, toutes les vexations, toutes les persécutions et toutes les morts réservées par Hitler à ceux qui n’étaient pas de « sang aryen pur ».
Dans les États collaborateurs ou alliés, le sort des Roms dépendait aussi des autorités nationales. Les massacres furent généralement moins nombreux. Par exemple, la France de Vichy n’a pas déporté de wagon spécial de Roms vers les camps de la mort de l’Est du Reich. Les Tziganes de citoyenneté française (Manouches, Sinti, Gitans, Yéniches et Roms) et les Roms étrangers réfugiés sur le territoire de Vichy furent internés dans des camps français, la plupart en zone nord. Aucun n’était équipé de chambres à gaz.

Ils moururent de faim, de froid, de maladies, d’angoisse et de persécutions actives.
En France, ils moururent aussi de solitude : personne ne s’éleva publiquement en leur faveur.