MATÉO MAXIMOFF

Sous les pavés, le Gitan

Matéo Maximoff
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2010 – Graphisme-collage, 130 x 95 cm

Le fabuleux destin d’un petit Rom devenu un grand écrivain

Par Nouka Maximoff
Conteuse tzigane

En voyant le petit Matéo jouer devant la baraque de ses parents, parmi les détritus, dans l’odeur âcre des acides utilisés pour l’étamage des métaux, personne – sauf peut-être les
Ursitory, « les Anges du destin » qui s’étaient penchés sur son lit à sa naissance – n’aurait pu prédire la carrière prodigieuse qui serait la sienne.
Son père était un Rom Kaldérash qui avait fui la Russie avec toute sa famille. Sa mère, elle, était issue d’une famille de Manouches de France.
Matéo est né en 1917 en Espagne, où sa famille s’était réfugiée pour échapper à la Première Guerre mondiale. Ce n’est que quelques années plus tard que ses parents se sont installés en France, tout d’abord comme des nomades puis dans des baraques en bois près de Paris, dans ce qu’on appelait alors « la zone ».

Matéo, dont le père, chaudronnier, parlait mal le français et dont la mère, artiste de cirque, était analphabète, n’avait aucune raison de devenir autre chose qu’un traîne-savates inculte comme la plupart des jeunes Roms de son époque. C’était sans compter sur son caractère curieux, avide, voire insatiable de connaissances. À cinq ans, il parlait déjà plusieurs langues mais était incapable d’écrire car personne n’était en mesure de le lui apprendre. Son père, qui savait malgré tout un peu lire et écrire, lui a tout d’abord appris à compter puis lui a montré l’écriture des lettres de l’alphabet. C’est à peu près tout ce qu’il a eu comme apprentissage. Pour le reste, il se débrouille tout seul. Totalement autodidacte, il se nourrit de tout ce qui lui passe entre les mains : journaux, magazines, romans de bas étage et grands auteurs classiques. Orphelin de mère à huit ans et de père à quatorze ans, il est l’aîné de cinq enfants et doit travailler pour nourrir ses frères et sœurs. Il exerce alors le dur métier de chaudronnier comme son père.

C’est un dramatique fait divers qui, à l’âge de vingt-et-un ans, le conduit à l’écriture. En Auvergne, alors qu’il a rejoint pour un temps la famille manouche de sa mère, deux clans s’affrontent violemment pour l’honneur d’une jeune fille. Il y a de nombreux blessés et même des morts. Matéo, ainsi que d’autres membres du clan, est arrêté et conduit en prison. En cellule, Matéo écrit une lettre à son avocat, un jeune stagiaire que sa tante Simza lui a trouvé à Paris. Ce dernier, très surpris par l’aisance avec laquelle ce jeune Tzigane s’exprime par écrit, pressent qu’il se trouve devant un réel talent d’écrivain. Il l’encourage à écrire. Le procès se terminera par un non-lieu mais sa détention provisoire aura duré trois mois pendant lesquels Matéo écrit son premier roman, Les Ursitory, qui ne sera publié que quelques années plus tard, après la guerre, période durant laquelle Matéo est interné avec sa famille dans les camps de Gurs et de Lannemezan.

Puis tout va très vite. Après la publication chez Flammarion en 1946 des Ursitory, roman qui connaît un grand succès, Matéo ne cesse d’écrire ; des romans bien sûr, mais aussi des articles pour la presse. Il devient tour à tour conteur, journaliste, conférencier, cinéaste, et même pasteur de la Mission évangélique tzigane. Ses livres, tous publiés en français, sont traduits dans une dizaine de langues. En 1986, son œuvre littéraire est couronnée par la remise de la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres. Lui-même a fondé, en 1983, le prix « Romanès » destiné à promouvoir la culture tzigane.

Matéo Maximoff reste encore aujourd’hui le premier et le plus célèbre écrivain tzigane de langue française. Sa personnalité hors du commun, son œuvre prolifique et son engagement auprès des Roms font de lui un auteur incontournable de la littérature tzigane dans le monde.