ESMA REDŽEPOVA

Sous les pavés, le Gitan

©Mustapha Boutadjine

Esma Redžepova
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2010 – Graphisme-collage, 130 x 95 cm

La reine des Balkans

Par Todor « Tosha » Vukmirovic
Musicien du groupe Slonovski Bal

Esma Redžepova est la plus renommée des chanteuses tziganes. Elle naît en 1945 à Skopje, ex-Yougoslavie, actuelle République de Macédoine. Son don pour le chant et la danse se révéla très tôt au sein de sa famille. À l’âge de dix ans, elle participe, sans le dire à ses parents, au concours de chant de Radio Skopje et remporte le premier prix. Quelques jours plus tard, le compositeur et accordéoniste Stevo Teodosievski propose aux parents d’Esma de l’intégrer comme chanteuse dans son ensemble et de prendre en charge son éducation artistique et scolaire jusqu’à ses dix-huit ans. D’abord réticents, ils finissent par accepter cette opportunité d’un avenir meilleur pour leur fille. En 1959, alors âgée de quatorze ans, elle enregistre son premier grand succès en langue romani, Čaje šukarije, fait inédit pour l’époque et qui lancera une carrière internationale prolifique jusqu’à ce jour. En 1968, à vingt-trois ans, elle épouse son mentor, avec qui elle adoptera 47 enfants roms. Elle en élèvera personnellement cinq et aux autres assurera une éducation et un toit. Une des facettes les plus remarquables d’Esma est son humanisme et son engagement pour la défense du peuple rom et de sa culture. Pour elle les frontières ne devraient pas exister, car nous faisons tous partie de cette Terre. Comme elle le dit souvent, « nous sommes venus au monde nus et c’est nus que nous repartirons ». Elle sera officiellement reconnue reine et ambassadrice de la musique tzigane en 1976, lors du premier festival international du peuple rom à Chandigarh, en Inde.

Pour moi, Esma est une grande dame de la chanson ; elle a fait partie des principales influences dans ma vie de musicien. Je l’ai découverte grâce aux disques 45 tours que mes parents avaient gardés de leur jeunesse yougoslave. Sa voix et les mélodies orientales de ses chansons ont toujours eu un effet magnétique sur moi. Un jour j’ai eu la chance de la rencontrer, car je devais être son traducteur pour un festival en France. Les premiers instants, j’ai eu du mal à croire que j’avais en face de moi la reine Esma Redžepova. Je n’aurais jamais pu imaginer qu’une si petite femme pouvait avoir en elle une si grande force pour affronter un destin aussi exceptionnel. Et pourtant ! J’ai beaucoup appris ce jour-là…