CHESTER HIMES

Black is toujours beautiful

Chester Himes
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2000 – Graphisme-collage, 60 x 40 cm

À la vie à la mort

Par Jacques Dimet
Journaliste et éditeur

Il est Noir, comme le soleil. Né à Jefferson City dans le Missouri en 1909, Chester Bomar Himes découvre le visage hideux du racisme institutionnalisé alors qu’il n’a que douze ans en 1921, dans l’Arkansas, où son père avait été nommé professeur : son frère aîné devient aveugle alors qu’il manipule des substances chimiques pour un exposé à l’école. Il est emmené à l’hôpital par ses parents mais le personnel refuse de le soigner, l’établissement étant alors réservé aux Blancs, selon les lois Jim Crow. Il en gardera une haine tenace envers cette société de la ségrégation qui ne prendra officiellement fin qu’en 1964-1965 – dans les textes mais pas dans les têtes, ni dans la réalité. Il est Noir comme les rues du ghetto. Il a inventé les deux flics les plus populaires et les plus dingues de Harlem, Ed Cercueil et Fossoyeur Jones. Ils traquent le vice. Ils se battent avec leurs poings. Les maquereaux aux grosses bagouzes comme les prêtres sans scrupules n’ont qu’à bien se tenir. Dans les clandés qu’ils visitent, les filles soumises et les maquerelles les attendent avec tendresse. Les mômes tètent de la marijuana, la cocaïne traîne sous les porches. Les pistolets claquent et les flics jouent de la matraque. Les prédicateurs de sectes baptistes et les Frères musulmans pullulent dans le décor.
Il est Noir. Il a connu la prison – incarcéré à dix-neuf ans pour braquage, il en sort à vingt-six, pour bonne conduite –, il en a fait des nouvelles. Noires et tristes à pleurer, qui content ses expériences du pénitencier de l’Ohio et de la ferme-prison de London, dans le même État.
Il est Noir. Il aime les femmes noires et blanches qui, comme les touches d’un piano, lui enquillent des airs de jazz entre les oreilles. Quand il joue à la vie à la mort, lui, le beau gosse de Harlem, avec une Blanche qui ne jure, comme lui, que par le sexe et l’alcool, ça se termine par le sexe, le drame et la mort dans un de ses plus beaux livres, La Fin d’un primitif.
Chester Himes a quitté les États-Unis d’Amérique pour l’Europe en 1953. Marcel Duhamel l’a aidé, la Série noire l’a hébergé. L’auteur de La Reine des pommes a fini sa vie en Espagne, à Moreira, province d’Alicante. Parkinson l’a tué en 1984.
Depuis, Ed Cercueil et Fossoyeur Jones hantent nos nuits, avec les belles de Harlem.