GEORGES RAFFINI

Insurgés

Georges Raffini
Par Mustapha Boutadjine
Paris 1996 – Graphisme-collage, 42 x 30 cm

Pour l’idéal jusqu’à la mort

Par Mohamed Rebah
Historien

Georges Raffini est né le 7 juillet 1916 à Constantine d’une mère institutrice et d’un père chef de groupe à l’atelier de maintenance des Chemins de fer algériens (CFA), à Sidi Mabrouk. Après des études primaires et secondaires dans sa ville natale, il se rend à Alger pour y suivre des études en droit à l’université. Lycéen, il adhère au mouvement des Jeunesses communistes d’Algérie (JCA), dont il devient le secrétaire régional. Au mois d’octobre 1937, à l’âge de vingt-et-un ans, il rejoint les Brigades internationales en Espagne, où il retrouve des camarades du Parti communiste algérien (PCA), dont Maurice Laban. Affecté à la 14e brigade, il participe avec le bataillon Henri Barbusse aux combats sur le front d’Aragon. Blessé, il est hospitalisé à l’hôpital des Brigades internationales de Mataró, en Catalogne. En 1938, suite à la dissolution des Brigades internationales, il revient à Alger, où il reprend ses activités militantes.

L’été 1940, il se voit confier, par la direction du PCA clandestin, la responsabilité de l’imprimerie « La Lutte sociale ». Il contribue à la diffusion du manifeste du PCA appelant à l’indépendance. Arrêté en 1941, il est emprisonné à Barberousse d’où il s’évade dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre de la même année. Repris une semaine après, il est emprisonné puis condamné à mort le 21 mars 1942, au procès des « 61 » communistes. Libéré le 16 mars 1943, il rejoint le front antifasciste et prend part aux campagnes de France et d’Italie.

Après la Libération, il retourne à Constantine. Il sera chargé par le PCA d’animer la formation des groupes paysans communistes de la région, particulièrement des Aurès. Il dirigera également le Secours populaire algérien qui mènera une activité intense dans l’organisation de la solidarité avec les militants du PPA-MTLD (Parti du peuple algérien-Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques), durement touchés par la répression, particulièrement dans les campagnes. Membre du comité central en 1949, il contribue au développement de la politique nationale du PCA qui revendiquait sans équivoque la lutte pour l’indépendance. Journaliste à Alger Républicain, il crée la rubrique « Monsieur Je-sais-tout » pour répondre aux questions des lecteurs.

En 1955, il s’engage dans la lutte armée dans le maquis des Aurès aux côtés de ses camarades Laid Lamrani, André Martinez, Abdelkader Belkhodja, Roland Siméon et du docteur Counillon. Son épouse, Reinette (née Zaoui), ardente militante pour l’indépendance, fut arrêtée au mois de février 1956, condamnée et détenue à la prison de Barberousse durant de longues années.

Dans son livre Les Tamiseurs de sable, le docteur Mohamed Larbi Madaci, citant des témoins, relate l’arrivée de Georges Raffini au maquis dans ces termes : « C’est vers la première semaine de novembre 1955 que Laid Lamrani et un camarade européen quittent Batna. Grâce à la filière clandestine du FLN, ils sont dirigés vers le PC régional de Ouistili où ils s’arrêtent quelques jours. Ils y séjournent en compagnie de Lamouri, Omar Ben Boulaid, un certain Amor le peintre. Ils mangent chez un certain Salah Idara… Les deux communistes sont ensuite conduits par Ali Benchaïba au mont Ahmar Khaddou, puis à S’Raa el-Hammam. » Il poursuit, sur la base d’un témoignage : « Les deux communistes ont été tués à Ksar Ouled Aïssa, tôt le matin. » Le premier à mourir a été le « Français barbu ». Le « Français barbu », c’était Georges Raffini. Il avait trente-neuf ans.