FERNAND IVETON

Insurgés

Fernand Iveton
Par Mustapha Boutadjine
Paris 1996 – Graphisme-collage, 50 x 40 cm

Guillotiné à Barberousse

Par Gilles Manceron
Historien et membre du comité central de la Ligue des droits de l’homme

C’est le visage d’un homme apeuré et transformé par la torture après son arrestation à Alger le 14 novembre 1956 qu’a fixé la photo d’identification judiciaire à partir de laquelle ce portrait a été réalisé. Enfant du petit peuple pied-noir, de père français et de mère espagnole, membre du Parti communiste algérien, employé à EGA (Électricité et gaz d’Algérie), Fernand Iveton venait d’être identifié comme celui qui avait déposé une bombe dans un local de l’usine à gaz du Hamma à Alger. Une bombe réglée pour exploser à une heure où elle ne pouvait faire de victimes, qui avait été découverte et désamorcée. Mais cet ouvrier à la fine moustache qui avait juste trente ans, amoureux d’une jeune femme d’origine polonaise, a été immédiatement torturé par la police d’Alger, en dépit de l’interdiction par le secrétaire général de la préfecture, Paul Teitgen, ancien résistant et déporté, d’user de méthodes qu’avaient employées les nazis. Condamné à mort dix jours plus tard par le Tribunal permanent des forces armées d’Alger, il sera guillotiné le 11 février 1957 dans la prison Barberousse, soutenu par les cris des Algériens emprisonnés comme lui. Son action n’avait pas été individuelle, il a obéi à la décision du PCA de prendre part à la lutte armée du FLN/ALN avec les Combattants de la Libération (CDL), et avait organisé en avril, avec Henri Maillot et d’autres, un détournement d’armes de l’armée française pour l’ALN et les CDL ; début mai, au cabinet dentaire de Mokrane Bouchouchi, place Bugeaud, à Alger, les chefs du PCA s’étaient mis d’accord à ce sujet avec ceux du FLN. Quant à lui, le PCF n’autorise pas l’avocat membre du parti, Gaston Amblard, présent à Alger, à assurer le 22 novembre la défense de Fernand Iveton, mais demande ensuite à un autre de ses avocats, Joe Nordmann, de se joindre aux deux confrères d’Alger qui sollicitent la grâce du président de la République, René Coty. Une grâce refusée, conformément à l’avis du garde des Sceaux de l’époque, François Mitterrand.