YVAN LE BOLLOC’H

Sous les pavés, le Gitan

©Mustapha Boutadjine

Yvan Le Bolloc’h
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2014 – Graphisme-collage, 130 x 95 cm

El Corazón !

Par Bruno Solo
Acteur, scénariste, producteur, réalisateur et animateur de télévision

Jeune, lorsqu’on se met à vouloir faire de la musique, les raisons sont souvent variables et hélas pas toujours motivées par l’amour ou l’envie de la servir. Il y a par exemple ceux qui y sont contraints et forcés par des parents si frustrés de ne jouer d’aucun instrument (ou si mal) qu’on devrait créer une loi pour les empêcher de s’en approcher à moins de cinq cents mètres. Ce genre de parents qui souhaitent que leur fille fasse du piano pour frimer devant leurs amis les soirs de Noël, en écoutant la petite massacrer Mon beau sapin roi des forêts et qui voient ensuite apparaître avec effroi le fiston pour prendre le relais à la guitare en exécutant Jeux interdits, qui comme son nom l’indique devrait l’être, vu le nombre de fois où nous avons eu à le subir, qui dans le métro aux heures de pointes, qui en bas de notre immeuble, les fameux soirs de « Faites pas » de la musique si vous la respectez un minimum.

Et puis il y a ceux aussi qui décident de s’y mettre parce que le désert affectif de leur vie, lié à leur incapacité à se faire le moindre camarade, les pousse à s’emparer d’une gratte pour exister à la fête de fin d’année de leur école, en reprenant mal les vilains tubes du moment, sur une estrade de fortune devant un public affligé et pas dupe de cette pathétique et ultime tentative de séduction. Les plus compatissants écoutant d’une oreille tout juste capable de distinguer la différence harmonique entre l’avertisseur sonore d’une voiture de la caravane du Tour de France et une sonate pour piano de Beethoven.

Bien sûr, de ce marécage désespérant émerge parfois un artiste… si si !

Au tout début de notre collaboration, Yvan, dont la vocation musicale fut, pour sa part, tardive mais enthousiaste, semblait issu de cette triste engeance. Il fallait (ou plutôt… non) l’entendre tenter de sortir de sa guitare autre chose qu’un sinistre grincement de porte de cave restée trop longtemps close. Son sens du rythme était équivalent à celui du public d’une émission de variété qui bat la mesure des mains pendant la performance d’un chanteur invité à jouer son dernier morceau et dont le regard trahit la volonté de se pendre ou de lancer une grenade dans ledit public ! Et puis, et puis… Yvan fut soudainement touché par une grâce surgie de l’endroit le plus essentiel de notre être, et qui fait qu’un jour ou l’autre, les plus obstinés, les plus passionnés, les plus sincères, les plus habités, les plus amoureux de musique réussissent à nous toucher et à faire vibrer notre âme !!

Ça s’appelle le Cœur ! Et lui, personne ne lui apprend à battre en mesure et à irriguer notre corps tout entier de cette force vive et rougeoyante qui nous permet d’aimer follement la musique, pleinement et harmonieusement !