La galerie Artbribus présente :

« INSUGÉS »

collages de Mustapha Boutadjine

Invité d’honneur,

Nils Andersson,

éditeur et écrivain

Son portrait en collage inédit accompagnera
les icônes révolutionnaires exposées :

Boubaker Adjali, Henri Alleg, Maurice Audin, Mohamed Boudia,
Djamila Bouhired, Djamila Boupacha, Fidel Castro,
Albert Einstein, Frantz Fanon, Geronimo, Jacqueline Guerroudj,
Che Guevara, Mahmoud Hamchari, Hô Chi Minh, Louisette Ighil Ahriz,
Fernand Iveton, Kateb Yacine, Ali La Pointe, Missak Manouchian,
Marcel Manville, Guy Môquet, Rosa Parks,
Thomas Sankara, William Sportisse…

Galerie Artbribus, 68, rue Brillat-Savarin, 75013 Paris.
Tél. : 01 53 80 13 75

Exposition du 29 novembre 2019 au 5 février 2020

Partenaires : Les Éditions Helvétius, Les Lettres françaises,
Anagraphis, Cuba Si France

………………

 «Il est subversif alors de prendre position contre cette guerre,
de dénoncer ses infamies,
plus encore de se déclarer
favorable à l’indépendance de l’Algérie
»

Nils Andersson

Pour son exposition « Insurgés »,
Mustapha Boutadjine a choisi de rendre hommage à un invité d’honneur,
l’éminent militant anticolonial Nils Andersson.
Né en 1933, d’un père suédois et d’une mère française,
Nils Andersson est une figure majeure du monde politique et intellectuel,
engagé depuis les années cinquante à nos jours.
C’est le témoin précieux d’une époque nourrie par la solidarité avec les luttes de libération anticoloniales
et le rôle important qu’ont joué dans cette solidarité certaines maisons d’édition.
Son ouvrage Mémoire éclatée, de la décolonisation au déclin de l’Occident
constitue un témoignage essentiel sur son parcours de plus de soixante ans de militantisme.
Dans ses mémoires, Nils Andersson revient sur ce que signifiait s’engager contre le colonialisme français
au moment de la Révolution algérienne. Il commence son activité d’éditeur par la publication de témoignages
sur la torture organisée par l’État français durant la Révolution algérienne :
« Restait à démontrer que Djamila Bouhired, Henri Alleg et Maurice Audin ne sont pas les victimes de bavures,
mais d’un système qui fonctionne non seulement en Algérie, mais également en France.
C’est ce dont témoignent, dans La Gangrène, Bachir Boumaza, Mustapha Francis, Benaïssa Souami,
Abdelkader Belhadj, Moussa Kebaïli, torturés rue des Saussaies à Paris ou place Vauban à Lyon.

Le livre à son tour saisi, nous prenons la décision avec Jérôme Lindon, comme pour
La Question, de le rééditer en Suisse. Dans nos correspondances avec Jérôme Lindon,
La Question devient “de l’autre côté” et La Gangrène, “de l’intérieur” .»
C’est  dans ce contexte que naissent les éditions Maspero (1959).
Andersson, qui deviendra son ami, s’empressa de rencontrer François Maspero à Paris,
afin de lui proposer d’être diffusé par La Cité. Cependant,
l’engagement d’Andersson aux côtés des Algériens ne s’arrête pas à son travail dans l’édition.
La Suisse jouant un rôle stratégique pour le FLN,
Andersson allait être contacté par des membres du réseau Jeanson
et entrer  rapidement dans une activité militante. Dans la même lignée que François Maspero,
qui déclarait, à la revue Période, que «le véritablement engagement requiert une action
plus directement concrète que le seul fait d’éditer des livres
»,
Andersson écrit qu’il opère une distinction entre le travail éditorial et le militantisme :
«Comme éditeur, c’est en “dreyfusard” que je m’exprime dans la note introductive à l’édition de La Question :
“C’est notre solidarité avec les Français qui se refusent à cette dégradation que nous exprimons” ;
en revanche, mon engagement militant auprès des Algériens et des Français qui ont fait le choix de l’insoumission
s’inscrit dans un cheminement “bolchevik” au sens où l’entend Pierre Vidal-Naquet :
“les bolcheviks se voulaient les héritiers du parti de la Révolution d’octobre et de ses expériences radicales trahies.
Pour la plupart, ils espéraient, par-delà ‘’la parenthèse stalinienne’’,
renouer avec Lénine et la ‘’pureté’’ révolutionnaire
».
Andersson  joua un rôle primordial dans la lutte pour l’information pendant la Révolution algérienne,
puisque le premier livre publié à La Cité, qui n’était pas une réédition d’un ouvrage français,
était une compilation de documents sur la disparition d’Algériens pendant la bataille d’Alger
(par Jacques Vergès, Maurice Courrégé et Michel Zavrian).
Son militantisme ne se résume pas uniquement à son engagement politique mais aussi à ses
activités littéraires, théâtrales et éditoriales à Lausanne, avec la fondation de la Diffusion et
des éditions de La Cité. En 1957, Nils Andersson rencontre Jérôme Lindon (Éditions de Minuit),
Jean-Jacques Pauvert (Éditions Pauvert) et Robert Voisin (Éditions de l’Arche)
afin de leur proposer la diffusion de leur catalogue en Suisse.
Il deviendra éditeur lorsque Lindon lui demande d’éditer La Question d’Henri Alleg,
ouvrage interdit en France.
Dès 1961, il diffusera les Éditions Maspero et deviendra,
après de nombreuses publications liées à la cause algérienne,
l’éditeur du Petit Livre rouge de Mao et d’autres publications maoïstes.
Après son expulsion de Suisse par le Conseil fédéral en 1966,
il travaillera cinq ans à Radio Tirana (émissions françaises),
puis il deviendra le diffuseur des maisons d’éditions françaises en Suède.
À sa retraite, il s’installe à Paris et devient actif au comité scientifique d’Attac
tout en s’engageant sur les problématiques des droits humains.

Mustapha Hamidouche, journaliste à L’Humanité

(*) Mémoire éclatée, de la décolonisation au déclin de l’Occident ­
raconte l’aventure de la décolonisation et de ce que Nils Andersson appel le « déclin de l’occident ».
Il fait suite à un livre consacré aux Éditions de La Cité publié dans la collection
Mémoire éditoriale (Éditions d’en bas) : Livre et militantisme,
La Cité-Éditeur 1958-1967 (avec une postface de François Maspero).

……………..

Éditorial

Jean-Louis Pradel, historien et critique d’art,
professeur à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris
Les portraits de Mustapha Boutadjine illuminent le visage de la révolte
où se reconnaît l’orgueilleuse volonté d’être libre. Ils donnent forme à un panthéon
fraternel de résistants “étrangers”, comme ceux de “l’Affiche rouge” que célèbre
Aragon, Héros et martyrs, poètes et musiciens, tous ils changent le monde,
le chantent et l’enchantent. Portraits solaires et galactiques, ils font valser
des tourbillons de bouts de papiers magistralement domptés et retrouvent
le chemin de l’icône où l’invisible le dispute aux évidences du visible.
C’est après avoir mis en morceaux le déjà vu et l’imprimé de la pub ordinaire
que Mustapha Boutadjine construit ses icônes extraordinaires.
Réinterprétant des documents en noir et blanc, il retrouve le geste des peintres
de la lumière qui bâtissent du visible au couteau, à touches plus ou moins
véhémentes de couleur matière sortie des tubes. Mais Mustapha Boutadjine préfère
déchirer les magazines. Ils coupent et ils tranchent dans ce trop bien lissé qui surfe
sur les produits de l’industrie du luxe et le bonheur aseptisé des stars médiatiques
pour le réduire à une foule de morceaux méticuleusement choisis.
Assemblés et collés, ces épaves éparses de slogans fragmentés et d’images brisées
où se glissent quelques clins d’œil autobiographiques orchestrent un chaos de
braises crépitantes. Elles embrasent des mosaïques qui tiennent le spectateur à
distance pour que surgissent des icônes somptueuses et qu’apparaisse la présence
fascinante d’une absence qui nous regarde autant qu’elle nous concerne.
Ainsi nous fixe le miroir scrupuleusement poli des pupilles de ces visages de femmes
et d’hommes victimes pour la plupart d’une disparition programmée.
Leurs  regards brillent de l’effroi des ténèbres, gravé à jamais sur leurs rétines.
Ce sont les soleils noirs d’une galaxie multicolore de l’insoumission radicale.
Non seulement ils nous rafraîchissent la mémoire,
mais ils éclaboussent le présent de richesses sans prix, celles qui nient les frustrations
du chacun pour soi et de la marchandisation pour exalter les forces vives du partage et de l’échange.
Forgé au feu d’un désordre exubérant qui évoque des tempêtes de confettis
et les éclats de la boule de cristal au ciel des bals populaires,
l’art de Mustapha Boutadjine est une fête où il fait bon retrouver le singulier pluriel de l’espoir,
comme l’étincelant pouvoir de dire non.