« Insurgés »

12 portraits 12 révoltes

Fête de l’Humanité, 14-15-16 septembre 2018

Espace Débat du Village du Monde

Parc de La Courneuve

« Insurgés »

12 portraits 12 révoltes

Fête de l’Humanité, 14-15-16 septembre 2018

Espace Débat du Village du Monde

Parc de La Courneuve

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Che Guevara et Cesaria Evora

2 portraits 2 révoltes

Vivienne Art Galerie

1, rue de la Banque, 75002 Paris

« 30 ans d’exposition dans la Galerie Vivienne »

Du 13 septembre au 3 novembre avec 2 vernissages

les jeudis 20 et 27 septembre 2018

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L’Algérie pour mémoire,

témoignages autour de la « Question »

1958-2018

Henri Alleg, Fernand Iveton, Jacqueline Guerroudj 

3 portraits 3 révoltes

Du 21 septembre au 10 novembre 2018

Centre culturel algérien

171, rue de la Croix-Nivert, 75015 Paris

LE 2 SEPTEMBRE 1945 :
HÔ CHI MINH PROCLAME L’INDÉPENDANCE DU VIETNAM
Par Alain Ruscio, historien

Le 2 septembre 1945, à Hanoi, une des villes de l’Indochine française, un inconnu, Hô Chi Minh, proclame l’indépendance du Vietnam. Un geste inouï qui ébranle l’Empire français. Mais, en novembre 1946, le bombardement de Haiphong fait basculer l’Indochine dans la guerre.
Nul ne connaît cet homme frêle, paraissant même malade, qui monte à une tribune improvisée, ce 2 septembre 1945 à Hanoi, pour y prononcer un mot d’une portée historique :  » indépendance « , pour y proclamer la naissance d’un pays nouveau, la République démocratique du Vietnam. Son nom ? Hô Chi Minh. Il faut dire que Nguyên Tat Thanh, alias Nguyên Ai Quôc, alias… cent autres pseudonymes, a adopté celui-ci – qui sera le dernier – en 1942. Pourtant, sa légende est née dans ce court intervalle : il vient de fonder un mouvement, le Viet Nam Doc Lap Dong Minh, dit Viêt-minh (Ligue pour l’indépendance du Vietnam). Une nouvelle génération de jeunes cadres communistes se joint à lui : Vo Nguyên Giap, Pham Van Dong, Truong Chinh…


PARTOUT FLOTTE LE DRAPEAU ROUGE À L’ÉTOILE D’OR

Il faut dire que l’Indochine – dont le Vietnam, rappelons-le, n’est qu’une partie -, vient de connaître, de 1941 à 1945, une situation paradoxale : elle est la seule zone en Asie restée officiellement sous domination européenne, mais en fait contrôlée par le militarisme japonais, allié d’Hitler. Le régime de l’amiral Decoux, dépendant de Vichy, tente un difficile exercice d’équilibre. Le Viêt-minh observe ce jeu, persuadé que l' » occasion favorable « , concept cher aux Vietnamiens, naîtra des bouleversements de la situation internationale.
Le 9 mars 1945, le Japon met fin à la situation équivoque qui présidait aux destinées du régime Decoux. En quelques jours, toute résistance française sérieuse s’effondre. La France a perdu la maîtrise de sa colonie extrême-orientale. Mais les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki bouleversent la situation en Indochine. Alors, tout va très vite. Une vague humaine éprise d’indépendance déferle sur les villes, les villages du Vietnam. Partout flotte le drapeau rouge à l’étoile d’or. Le 2 septembre 1945 donc, Hô Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam. Il n’est pas une voix parmi d’autres, il est alors, tous les témoignages d’époque le confirment, la voix de son peuple.
On a du mal à s’imaginer, aujourd’hui, ce que pouvait avoir d’extraordinaire, d’inouï, la simple association du mot  » indépendance  » et du nom d’une colonie européenne. Seul, avant Hô Chi Minh, le leader indonésien Soekarno avait eu l’audace d’employer le mot (mi-août 1945). Mais ni Gandhi, ni aucun autre leader de pays colonisé – a fortiori de l’Empire français – n’avaient alors franchi ce pas. La jeune République force le passage, ouvre la voie : d’autres s’y engouffreront, tous reconnaîtront la force d’entraînement qu’avait eu à leurs yeux l’acte fondateur de Hô Chi Minh.

CERTAINS MILIEUX FRANÇAIS NE CACHENT PAS LEURS VELLÉITÉS

Cette expérience est d’autant plus méritoire que Hô Chi Minh et ses camarades apparaissent alors singulièrement seuls. Moscou se désintéresse totalement de cette Indochine lointaine. L’Armée rouge chinoise, alliée potentielle, se trouve à des milliers de kilomètres de la frontière vietnamienne.
La politique française est alors à la croisée des chemins. Faut-il, au nom des intérêts anciens dans la région tenter de revenir à la domination coloniale, ce qui signifie, dans les conditions de fièvre que connaît alors l’Indochine, entreprendre une guerre de reconquête ? Ou bien faut-il accepter le vent d’émancipation qui souffle alors sur toute l’Asie ?
Les réponses sont diverses. Certains milieux français, de Gaulle et son entourage, Georges Bidault et son parti, le MRP, la majorité des responsables militaires (dont l’amiral d’Argenlieu, haut-commissaire) ne cachent pas leurs velléités : la France doit, d’abord, restaurer son autorité quitte, ensuite, à procéder à des réformes sociales et à quelques aménagements politiques.
D’autres, par réalisme (le général Leclerc, Jean Sainteny), ou par conviction (les communistes, une partie de la SFIO) expriment leur volonté d’accepter, et même de susciter, une évolution plus ample, aboutissant à une redéfinition des liens métropole-Indochine. Mais personne, alors, en France, n’imagine une véritable décolonisation. D’où le terme d' » Union française « , quelque peu équivoque, qui recueille alors l’adhésion de toutes les forces politiques.
À l’été 1946, un espoir fou se fait jour : le voyage de Hô Chi Minh à Paris laisse entrevoir une décolonisation pacifique possible. Mais, très vite, cet espoir s’envole. Les Français de 1945-1946 sont encore, dans leur majorité, attachés à l’empire colonial. Par ailleurs, Hô Chi Minh et ses compagnons sont communistes. En ces débuts de guerre froide, c’est amplement suffisant pour inspirer crainte aux responsables français. À Paris, les bellicistes l’emportent. En novembre, c’est le terrible bombardement de Haiphong. En décembre, les milices Viêt-minh répliquent à Hanoi. La guerre d’Indochine commence.


LE DISCOURS DE HÔ CHI MINH :

 » Nous déclarons, au nom du peuple du Vietnam tout entier, nous affranchir complètement de tout rapport colonial avec la France impérialiste, annuler tous les traités que la France a signés au sujet du Vietnam, abolir tous les privilèges que les Français se sont arrogés sur notre territoire. Tout le peuple du Vietnam, animé d’une même volonté, est déterminé à lutter jusqu’au bout contre toute tentative d’agression de la part des colonialistes français. Pour ces raisons, nous proclamons solennellement au monde entier : le Vietnam a le droit d’être libre et indépendant et, en fait, est devenu un pays libre et indépendant. Tout le peuple du Vietnam est décidé à mobiliser toutes ses forces spirituelles et matérielles, à sacrifier sa vie et ses biens pour garder son droit à la liberté et à l’indépendance.  »
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UN HOMME-PEUPLE
Par Alain Ruscio, historien


Il paraît bien frêle et timide, ce jeune  » Annamite « , au milieu des messieurs moustachus et barbus, très IIIe République, dans une salle de réunion un peu enfumée, ce 26 décembre 1920.  » Annamite  » ? Oui, c’est comme cela qu’on persistait, alors, à nommer les Vietnamiens. Nous sommes à Tours, parmi les militants socialistes qui s’apprêtent à franchir le grand pas : l’adhésion à l’Internationale communiste. Et le jeune homme s’appelle (ou plutôt se fait appeler : pour semer la police, il avait déjà changé deux ou trois fois de nom) Nguyen Ai Quoc. Et deviendra, deux décennies plus tard, Hô Chi Minh (encore un – définitif – pseudonyme). Que dit-il à ses camarades ?  » Nous voyons dans l’adhésion à la IIIe Internationale la promesse formelle du Parti socialiste de donner enfin aux questions coloniales l’importance qu’elles méritent.  » Chaque formule est soigneusement choisie :  » … promesse formelle… enfin… questions coloniales… méritent… « . Et ce Nguyen Ai Quoc / Hô Chi Minh n’aura plus de cesse, sa vie durant, de mettre en application cette promesse d’attaquer sans cesse, sous tous les angles, le colonialisme, l’impérialisme et le racisme. À Tours, il n’avait pas hésité : il devint communiste. Et le resta jusqu’à la fin de sa vie.
Cette vie ne peut être résumée. Hô Chi Minh a parcouru, durant son existence, cent fois ce qu’un homme du commun parcourt, il a vu un nombre incalculable de pays, il a côtoyé les plus grands, mais aussi une masse de sans-grade, de sans-voix, d’hommes du peuple. Militant infatigable de l’Internationale – nous disons bien :  » militant « , le contraire d’un apparatchik -, il vécut une grande partie de cette existence dans la clandestinité, recherché par la police française, toujours dans le plus grand dénuement matériel, parfois dans la misère.
Jusqu’à son retour au pays, en 1941. Et à la proclamation, à la face du monde, de l’indépendance de son pays, le 2 septembre 1945. Que l’on essaie d’imaginer l’étonnement du monde, à ce moment. Qu’un  » petit  » peuple, par la voix d’un inconnu (le nouveau pseudonyme, Hô Chi Minh, ne date que de 1942), ose défier la France, alors l’un des  » quatre Grands « , que la notion même d’indépendance d’un peuple colonisé soit ainsi fièrement proclamée, dépassait l’entendement. Et pourtant…
C’est ce  » petit  » peuple qui va montrer la voie à tous les  » damnés de la terre « , qui va ouvrir une brèche, qui ne se refermera plus, dans le système de la domination du colonialisme français, puis de l’impérialisme mondial.
Les étapes en sont connues : Diên Biên Phu, ce  » Valmy des peuples colonisés  » comme le dira plus tard le leader algérien Ferhat Abbas, puis, après la capitulation d’une France épuisée, la résistance inouïe à la machine de guerre surpuissante des États-Unis, qui sema, quinze années durant, la désolation, avec des millions de tonnes de bombes à fragmentation, de napalm, d’obus chimiques – dont le terrible agent orange, qui fait aujourd’hui encore des victimes, même parmi les enfants qui naissent, quarante ans après.
Et le peuple vietnamien a résisté. Et nous, les peuples du monde, avons protesté. Viêt Nam… Que de fois, dans les rues de nos villes, avons-nous crié ton nom ! Cette lutte, un homme l’a symbolisée. Cette résistance, un homme l’a personnifiée : Hô Chi Minh. Il était devenu le  » grand oncle  » respecté des progressistes du monde entier, et bien au-delà de ces rangs. Dans les rues de Paris, de Stockholm, de Moscou, de Pékin – mais aussi de Washington -, son portrait était brandi. Entre les foules de manifestants, pas besoin de parler la même langue. Il suffisait de scander :  » Hô, Hô, Hô Chi Minh !  »
Jusqu’au bout, il garda un comportement digne, presque tranquille, face à la guerre, aux misères, aux malheurs, mêlé à une foi indestructible en la victoire finale, qu’il inculqua à son peuple, jusqu’au moindre paysan des rizières, jusqu’au plus jeune combattant du front.
Et puis…  » l’oncle Hô est parti à la mi-automne « , comme l’avait écrit si bien Madeleine Riffaud. Le 2 septembre 1969, Hô Chi Minh ferma les yeux à jamais. Son peuple, mais aussi ceux du monde entier, sentirent qu’un des grands hommes du siècle venait de disparaître. Oui, grand homme. Mais, à la réflexion, l’oncle Hô dépassa largement ce concept : il était un homme-peuple, cas rarissime dans l’histoire.
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HÔ CHI MINH
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2015 – Graphisme-collage
Extrait de  » Insurgés  » , extrait de la monographie  » Collage Résistant(s) « . Éditions Helvétius Paris.
Collection Musée Hanoi, Vietnam.
DROITS RESERVÉS : À MUSTAPHA BOUTADJINE/ÉDITIONS HELVÉTIUS/ARTBRIBUS/ADAGP

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