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Avec les moyens qui lui sont propres,
Mustapha Boutadjine célèbre les Algériennes
qui se sont battues hier pour l’indépendance de leur pays et,
aujourd’hui, pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes.
Égalité qui est au cœur des avancées de toute société.
Je souhaite que cette exposition donne sens à ce combat
et rencontre le succès qu’elle mérite.

Gisèle HALIMI

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DES ALGÉRIENNES DE PAPIER
POUR RACONTER LA SALE GUERRE

Par Florence Beaugé, journaliste, Le Monde, le 5 juillet 2012

On n’échappe pas à leur regard, dès l’entrée de la galerie Vivienne, à Paris.
Elles sont quatorze « femmes d’Alger »,mises à l’honneur ou tirées de l’oubli, jusqu’à dimanche 8 juillet,
par un artiste algérien installé en France, Mustapha Boutadjine.

Alors que l’Algérie célèbre, le 5 juillet, le 50e anniversaire de son indépendance, ce plasticien de 60 ans,
hanté par la mémoire, fait revivre, de ce côté-ci de la Méditerranée, une série de combattantes algériennes.
Certaines sont connues, d’autres moins.

Il y a Djamila Boupacha, Djamila Bouhired, Ourida Meddad, Louisette Ighilahriz, ou encore Baya La Noire.
Chacune a son histoire, le plus souvent tragique. Elles avaient une vingtaine d’années, parfois 15 ou 16 ans.
Toutes, ou presque, ont été violées, torturées, marquées à vie…

A leurs côtés, l’artiste a représenté d’autres femmes impliquées dans la guerre de libération algérienne,
telles Simone de Beauvoir, l’ethnologue Germaine Tillion ou l’avocate Gisèle Halimi.
A elles toutes, ces insoumises symbolisent la cause des femmes.

VOIR « AUTREMENT »

Pour réaliser leurs portraits, Mustapha Boutadjine, ancien enseignant aux Beaux-Arts d’Alger,
a utilisé la technique du collage,mais pas n’importe lequel. Il met en pièces des magazines de luxe,
sans se laisser complètement guider par le hasard.

Ici, il récupère une marque de parfum, là, un logo dont il va s’amuser à vêtir l’un de ses sujets,
comme un cadeau ou un clin d’œil…
Chaque bout de papier fait office de coup de pinceau.

L’artiste déchire mais pour reconstruire. Le résultat est saisissant.
Ni tableaux impressionnistes ni mosaïques, un peu des deux pourtant.
Si on s’approche de l’œuvre, on ne voit que des fragments de papier ou des gerbes de couleur.

Si l’on s’en éloigne, le visage apparaît. Mustapha Boutadjine se dit « toujours dans le contre-pied »,
en ancien footballeur qu’il est.
« L’idée, c’est de perturber le regard du spectateur et de créer l’émotion, explique-t-il.
Je voudrais qu’en regardant ces portraits on se demande: mais qui étaient ces gens-là? ».

En ce sens, sa démarche se rapproche de celle d’Ernest Pignon-Ernest,
autre plasticien passionné par la mémoire et la guerre d’Algérie.
Lui aussi, par ses compositions éphémères, donne à voir « autrement ».

Grâce à Mustapha Boutadjine, on découvre ou redécouvre le visage de Baya La Noire,
cette infirmière traumatisée à vie depuis une scène de cauchemar vécue en 1958 :
les blessés qu’elle convoyait ont été écrasés délibérément sous ses yeux
par les halftracks de l’armée française.
Âgée aujourd’hui de 76 ans, Baya La Noire vit à Boufarik,
à une trentaine de kilomètres d’Alger.

Ourida Meddad, elle, n’a pas survécu aux tortures qu’elle a subies.
Pour mettre fin aux interrogatoires,cette lycéenne s’est défenestrée, nue,
du troisième étage de l’école Sarouy, où « officiait » alors celui qui allait devenir le chef d’état-major
des armées françaises, le futur général Maurice Schmitt.

Pas d’esprit de vengeance dans la démarche de Mustapha Boutadjine. Ces « femmes d’Alger »
dépassent, dit-il, les frontières de l’Algérie pour rejoindre un panthéon universel et fraternel.

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Exposition :  « LES FEMES D’ALGER »

Du 7 décembre 2022 au 31 janvier 2023

De 15 heures à 20 heures

Du mardi au dimanche

ARTBRIBUS galerie d’art, 68, rue Brillat-Savarin, 75013 Paris.
Email : artbribus@orange.fr
Tél. : 01 53 80 13 75

“Si ce sont les plumes qui font le plumage
ce n’est pas la colle qui fait le collage”

Max Ernst

ARTBRIBUS
Atelier-Galerie

68, rue Brillat-Savarin, 75013 Paris
contact@mustaphaboutadjine.com

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