Par Jean-Louis Pradel, historien et critique d’art, professeur à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris (ENSAD), décédé le 18 octobre 2013. Éditorial de ma monographie « Collage Résitant(s) »

60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie 1962-2022

Exposition : INSURGÉS de Mustapha Boutadjine

Exposición: INSURGENTES de Mustapha Boutadjine (continuar ver abajo)

Par Jean-Louis Pradel, historien et critique d’art, professeur à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris (ENSAD), décédé le 18 octobre 2013.
Éditorial de ma monographie « Collage Résitant(s) »

Les portraits de Mustapha Boutadjine illuminent le visage de la révolte où se reconnaît l’orgueilleuse volonté d’être libre. Ils donnent forme à un panthéon fraternel de résistants « étrangers », comme ceux de « l’Affiche rouge » que célèbre Aragon. Héros et martyrs, poètes et musiciens, tous ils changent le monde, le chantent et l’enchantent. Portraits solaires et galactiques, ils font valser des tourbillons de bouts de papiers magistralement domptés et retrouvent le chemin de l’icône où l’invisible le dispute aux évidences du visible. C’est après avoir mis en morceaux le déjà-vu et l’imprimé de la pub ordinaire que Mustapha Boutadjine construit ses icônes extraordinaires.
Réinterprétant des documents en noir et blanc, il retrouve le geste des peintres de la lumière qui bâtissent du visible au couteau, à touches plus ou moins véhémentes de couleur-matière sortie des tubes. Mais Mustapha Boutadjine préfère les déchirer aux doigts. Ils coupent et ils tranchent dans ce trop bien lissé qui surfe sur les produits de l’industrie du luxe et le bonheur aseptisé des stars médiatiques pour le réduire à une foule de morceaux méticuleusement choisis. Assemblées et collées, ces épaves éparses de slogans fragmentés et d’images brisées où se glissent quelques clins d’œil autobiographiques orchestrent un chaos de braises crépitantes.

Elles embrasent des mosaïques qui tiennent le spectateur à distance pour que surgissent des icônes somptueuses et qu’apparaisse la présence fascinante d’une absence qui nous regarde autant qu’elle nous concerne. Ainsi nous fixe le miroir scrupuleusement poli des pupilles de ces visages de femmes et d’hommes victimes pour la plupart d’une disparition programmée.
Leurs regards brillent de l’effroi des ténèbres, gravé à jamais sur leurs rétines. Ce sont les soleils noirs d’une galaxie multicolore de l’insoumission radicale. Au moment où le pouvoir ne cesse de nous raconter des histoires, où l’hygiénisme, le principe de précaution, le devoir d’ingérence, la répression sécuritaire saccagent la liberté des hommes, alors que le cynisme et l’injustice sont partout aux commandes, c’est dans une tout autre histoire que nous emporte cette ronde de portraits aux identités irréductibles, forcément sans frontières. Non seulement ils nous rafraîchissent la mémoire, mais ils éclaboussent le présent de richesses sans prix, celles qui nient les frustrations du chacun pour soi et de la marchandisation pour exalter les forces vives du partage et de l’échange. Forgé au feu d’un désordre exubérant qui évoque des tempêtes de confettis et les éclats de la boule de cristal au ciel des bals populaires, l’art de Mustapha Boutadjine est une fête où il fait bon retrouver le singulier pluriel de l’espoir, comme l’étincelant pouvoir de dire non.

https://www.patronagelaique.eu/event-details/insurges-mustapha-boutadjine

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60 aniversario de la independencia de Argelia 1962-2022
Exposición: INSURGENTES de Mustapha Boutadjine

Editorial de mi monografía “Collage Résitant(s)”
Por Jean-Louis Pradel, historiador y crítico de arte, profesor de la Escuela Nacional de Artes Decorativas de París (ENSAD), fallecido el 18 de octubre de 2013.

Los retratos de Mustapha Boutadjine iluminan el rostro de la revuelta en el que se reconoce la orgullosa voluntad de ser libre. Dan forma a un panteón fraterno de resistentes “extranjeros”, como los del “Cartel Rojo” que celebra Aragón. Héroes y mártires, poetas y músicos, todos ellos cambian el mundo, lo cantan y lo encantan. Retratos solares y galácticos, hacen remolinos de valses de papel magistralmente domesticados y encuentran el camino del icono donde lo invisible compite con la evidencia de lo visible. Es después de haber desgarrado el deja-vu y la estampa de la publicidad ordinaria que Mustapha Boutadjine construye sus extraordinarios íconos.

Reinterpretando documentos en blanco y negro, redescubre el gesto de los pintores de luz que construyen lo visible con un cuchillo, con toques más o menos vehementes de color-materia saliendo de los tubos. Pero Mustapha Boutadjine prefiere rasgarlos con los dedos. Cortan y rebanan en este demasiado bien alisado que navega sobre los productos de la industria del lujo y la higienizada felicidad de las estrellas mediáticas para reducirlo a una multitud de piezas minuciosamente elegidas. Ensamblados y pegados, estos restos dispersos de eslóganes fragmentados e imágenes rotas donde se cuelan algunos guiños autobiográficos orquestan un caos de brasas crepitantes.

Encienden mosaicos que mantienen al espectador a distancia para que emerjan suntuosos íconos y aparezca la fascinante presencia de una ausencia que nos concierne tanto como nos concierne. Así nos mira el espejo escrupulosamente pulido de las pupilas de estos rostros de mujeres y hombres, víctimas en su mayor parte de una desaparición programada.

Sus ojos brillan con el pavor de la oscuridad, grabado para siempre en sus retinas. Son los soles negros de una galaxia multicolor de insubordinación radical. En un momento en que el poder sigue contándonos historias, cuando la higiene, el principio de precaución, el deber de injerencia, la represión de la seguridad destruyen la libertad de los hombres, mientras el cinismo y la injusticia están por todas partes a los mandos, es en una historia completamente diferente que este ronda de retratos con identidades irreductibles, necesariamente sin fronteras, nos lleva. No sólo nos refrescan la memoria, sino que salpican el presente de riquezas invaluables, esas que niegan las frustraciones de cada uno por sí mismo y la mercantilización para exaltar las fuerzas vivas del compartir y el intercambio. Forjado en el fuego de un exuberante desorden que evoca tormentas de confeti y las astillas de la bola de cristal en el cielo de los bailes populares, el arte de Mustapha Boutadjine es una celebración donde es bueno redescubrir el singular plural de la esperanza, como el centelleante poder de decir no.

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PORTRAITS EXPOSÉS :

  1. Louis Aragon

  2. Charles Baudelaire

  3. Djamila Boupacha

  4. Djamila Bouhired

  5. Charlie Chaplin

  6. Mahmoud Darwich

  7. Simone de Beauvoir

  8. Federico Garcia Lorca

  9. Jean Genet

  10. Geronimo

  11. Che Guevara

  12. Frantz Fanon

  13. Giselle Halimi

  14. Hô Chi Minh

  15. Kateb Yacine

  16. Myriam Makeba

  17. Nelson Mandela

  18. Missak Manouchian

  19. Guy Môquet

  20. Rosa Parks

  21. Arthur Rimbaud

  22. Tommie Smith

  23. Rachid Taha

  24. Tamazgha

  25. Germaine Tillion

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Exposition « INSURGÉS », du 9 au 18 mai 2022. Vernissage le 18 mai 2022 à 18 h 30. Projection du film « Bouts de vies, bouts de rêves » de Hamid Benamra et débat avec l’artiste. Dédicace de la monographie « Collage Résistant(s) », Éditions Helvétius.

PATRONAGE LAÏQUE JULES VALLÈS, 72, avenue Félix Faure, 75015 Paris.
Tél. : 01 40 60 86 00 – ecrire@patronagelaique.fr

Horaires : Lundi : 14 heures – 22 heures. Mardi, mercredi, jeudi et vendredi : 10 heures – 22 heures. Samedi : 10 heures – 18 heures

Transports : Métro : Ligne 8 Boucicaut. Tram : T3a Balard. Bus : 62, 42. Vélib station n° 15032

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MISSAK MANOUCHIAN

Par Mustapha Boutadjine

Paris 2010. Graphisme-collage. Collection Arménie Association

Extrait de « Insurgés » et de la monographie « Collage Résistant(s) ».

Éditions Helvétius, Paris 201

DROITS RESERVÉS : À MUSTAPHA BOUTADJINE/ÉDITIONS HELVÉTIUS/ARTBRIBUS/ADAGP 1114563