COLLAGE RÉSISTANT(S)

Hommage à Federico Garcia Lorca (1898-2018)

Exposition 1

COLLAGE RÉSISTANT(S)
120e anniversaire de LORCA

Du mardi 1er mai au lundi 21 mai 2018

68, rue Brillat-Savarin 75013 Paris

artbribus@orange.fr

Tél. : 01 53 80 13 75

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EXPOSITION 2

« Black is toujours beautiful »

Exposition du 15 au 26 mai 2018

Vernissage mardi 15 mai à 19 heures

Samedi 19 mai de 16 heures à 18 h 30 – Projection du film

« Bouts de vie, bouts de rêves »

suivi d’une rencontre avec le réalisateur Hamid Benamra

et l’artiste Mustapha Boutadjine.

Médiathèque Louis Pergaud, 1, Rue Louis Frébault – 94110 Arcueil

mediatheque@mairie-arcueil.fr

Tél. : 01 49 08 51 70

COLLAGE RÉSISTANT(S)

Hommage à Federico Garcia Lorca (1898-2018)

« Dans ce monde, moi je suis et je serai toujours

du côté des pauvres. Je serai toujours

du côté de ceux qui n’ont rien et à qui on refuse

jusqu’à la tranquillité de ce rien. »

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L’AMOUR NOIR AU PEUPLE GITAN

Par Jean Ortiz
Journaliste, maître de conférences à l’Université de Pau,
spécialiste de l’Amérique du Sud

Comment parler de Federico García Lorca lorsque tout a été écrit et réécrit ? Peut-être en tirant à boulets lorquiens sur ceux qui voudraient le désincarner, le vider de ses engagements politiques (il fut secrétaire du ministre de l’Instruction publique, Fernando de los Ríos), le folkloriser ; un Lorca de cartes postales andalousistes. Un Lorca une deuxième fois assassiné, cette fois-ci par les clichés à deux balles. « Ici, il ne s’est rien passé », ainsi s’achève sa pièce la plus connue : La casa de Bernarda Alba, drame familial et des convenances bourgeoises. Ici, pourtant, le pire a eu lieu. Dans la nuit du 16 au 17 août 1936, près de Grenade, le peloton de six phalangistes, aujourd’hui identifiés, fusille, d’abord par haine « du rouge », des Républicains, et aussi par homophobie, un Andalou « poète universel » parce qu’Andalou aux racines ouvertes, et trois autres «révolutionnaires» : deux banderilleros et un instituteur. On a longtemps cherché le corps de Lorca entre Víznar et Alfacar… mais les mythes se sont depuis belle lurette déjà défaits de leurs corps. Federico est partout, dans l’odeur des nards et des fleurs d’oranger, les drames d’amour, dans la lune, l’eau, les luttes des sans-terre, les bars popus, les « naturelles » millimétrées de José Tomás, les « soleas » déchirantes d’Enrique Morente, la douleur de Camarón. Qui n’a pleuré sur les poèmes du Romancero Gitano, cette offrande d’amour noir au peuple gitan, cet art poétique porté au plus quintessencié, et qui le sera, autrement, dans le surréaliste recueil Poète à New York ? Federico est devenu poète-national-d’ici-et-d’ailleurs parce que son Andalousie est celle des « señoritos », des petits maîtres, des grands propriétaires dégoûtants, des exclus, des femmes niées, de ce chant unique qui sourd de la terre et des persécutions. Avec La Barraca, groupe ambulant créé en 1931, il porte le théâtre classique, et l’émotion, au plus profond des campagnes déshéritées ; s’adresse à un public analphabète, récite sur son chemin le Poème du cante jondo. Lire à haute voix des poèmes, partager la beauté : quelle « merveilleuse chaîne de solidarité spirituelle », disait-il.

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Quand le poète Federico Garcia Lorca signait :
Abu-Abd-Alah…

Par Abderrahmène Djelfaoui, cinéaste et journaliste.
Texte paru dans le magazine littéraire Livrescq en janvier 2014.

Né en 1898, Federico García Lorca est certainement le poète et le dramaturge d’Espagne le plus connu jusqu’à ce jour. 

Vivant à Grenade (la ville de l’Alhambra, « El Hamra », la rouge), il avait travaillé régulièrement le piano dès l’âge de dix ans sous la conduite d’un maître et avait rédigé Impressions et paysages son premier livre d’un voyage fait en Castille avec sa classe d’art alors qu’il n’avait que 19 ans.

A 21 ans, cet andalou parti s’installer à Madrid où se trouvait réunie l’élite culturelle pour se consacrer à son art en organisant des représentations théâtrales et des lectures poétiques. Son travail sur les chants et romances populaires mené depuis de très longues années montre son immense intérêt pour les vieilles traditions, le flamenco et la culture tsigane dont il cherchait les lointaines origines d’Orient…

En 1922, il organisa avec de célèbres personnalités (dont le compositeur Manuel de Falla) la fête du « Cante Jondo» (Chant profond). Il découvrit et s’oxygèna alors de Surréalisme avec le peintre Salvador Dalí (« Ode à Salvador Dali ») et le cinéaste Luis Buñuel. En1928 il n’a que trente ans quand son recueil Romancero Gitano le porte au top de la renommée dans son  pays et dans la plupart des pays de langue hispanique.

En 1929, après l’interdiction de sa pièce les Amours de don Perlimplín, une farce jugée scandaleuse, il embarque pour New York (où il a le coup de cœur pour Harlem, pour le jazz). Là, il vit une année en résidence universitaire avant de «descendre» à la Havane de Cuba où il donne une série de conférences qui ont un formidable succès. Dans une lettre qu’il adresse à ses parents depuis Cuba, il interpelle : « N’oubliez pas, vous-mêmes, qu’en Amérique être poète représente davantage que d’être prince en Europe »…

En 1930, après la chute du dictateur Miguel Primo de Rivera, il retourne en Espagne et participe au deuxième congrès de l’Union fédérale des étudiants hispaniques. Ce congrès décide de construire « La Barraca » (théâtre étudiant subventionné) où seront produites des pièces importantes, dont des pièces de Cervantès, de Calderon ou de Lope de Vega ; d’autres de Garcia Lorca lui-même (sur la douzaine de pièces qu’il a écrites) dont Noces de sang (1933). Année où pour la première fois Lorca commence à vivre des revenus que lui rapportent ses œuvres….

En 1936,  alors qu’il formait le projet de partir pour le Mexique (pays où le cinéaste Luis Buñuel s’exilera des décennies durant), García Lorca est dans sa maison de campagne quand éclate la guerre civile. Les franquistes l’arrêtent puis, après quelques jours de prison, le criblent de balles… Ses livres sont brûlés à Grenade même et sont interdits quarante ans durant dans toute l’Espagne …

Garcia Lorca/ Poètes arabes (… les origines…)

C’est en ces années trente (années qui suivent le grand krash économique de 29) que Garcia Lorca, qui continue de développer une activité artistique et culturelle très riche, a le projet d’approfondir ses connaissances pour écrire un livre sur les poètes arabes de sa ville de Grenade tel Ibn Zarmak et d’autres…

Cela est  rapporté par Jocelyne Aubé-Bourligneux, son plus grand biographe, qui, dans « Lorca ou la sublime mélancolie » (un monument de plus de 2000 pages ! publié aux éditions Aden, dirigées par Nahel Lazhar) rapporte que Lorca «s’était attaché à renouer avec les vieux poètes musulmans de sa ville, partout où ils avaient laissé des traces».

C’est que l’une des préoccupations de Lorca est l’affinité qu’il décèle entre certains chants andalous (siguiriyeros) « et les poètes orientaux pour ce qui est de l’éloge du vin »…

Bien des années auparavant, lors d’une célèbre conférence donnée en 1922 sur «Qu’est-ce que le cante jondo ? », il avait déjà nommément cité nombre de poètes arabes anciens avec des extraits de leurs poèmes.

Le premier : Serraj El Warak (1218-1296) :

« La tourterelle m’ôtant le sommeil

m’empêchant de rêver avec ses plaintes,

elle-même est comme mon cœur ardent

qui brûle et se consume en vives flammes ».

Aussi quatre vers du poète Ibn Ziati que Fedérico Garcia Lorca commente en disant qu’il a « écrit pour la mort de sa bien-aimée la même élégie qu’aurait chantée un homme du peuple andalou » :

« Va donc visiter la tombe de ton aimée

me conseillent mes amis pour me consoler,

mais je leur ai répliqué : mes amis, a-t-elle

un autre tombeau que mon cœur en ma poitrine ? »

Puis ce sera l’immense Hafez de Chiraz, que le poète andalou définit lui-même comme «le poète national de la Perse qui chanta le vin, […] l’exquise obsession des chevelures  [des] belles femmes, les pierres mystérieuses et la nuit bleue infinie de Chiraz », au XIVe siècle, et dont il cite ces vers :

« Depuis que tu es sourd

à l’écho de ma voix,

mon cœur sombre en sa peine

et vers mes yeux brûlants

envoie des flots de sang »

Et Lorca de comparer ces vers avec la Copla de seguiriya gitana :

« Non, de ces amours là

point ne veux de mémoire

à l’heure où mon cœur pleure

en larmes-sang perlées »…

Ces poètes arabes il la a fréquenté, lu et relu depuis longtemps, surtout les Rubâ’iyyaât de l’immémorial Khayyâm… Comme rapporté dans le livre de sa biographe (mentionné plus haut), le frère du poète atteste dans un livre-témoignage que Fédérico possédait bel et bien dans sa bibliothèque à la maison paternelle de Grenade un exemplaire des œuvres de Omar Khayyam, édité à Madrid en 1917 et portant la signature : « F. Garcia (…) Novembre – 1917/23 »

« Moi, comme l’ombre d’un ancien Omar »…

En fait c’est dès la fin juin de cette année 1917 que l’Orient est déjà « en travail » dans l’un des poèmes de Lorca alors âgé de 19 ans et qu’il intitule : « Chanson. Rêverie et confusion ». On y trouve ce morceau :

« (…) Ce fut une nuit lourde de luxure.

Nuit dorée d’or dans l’Orient ancestral,

Nuit de baisers, de lumière et caresses,

Nuit incarnat de tulle passionnel…

Un songe de tissus d’Alger, Damas

Parfumait, langueur languide, nos cœurs. »

Et où il mentionne, en passant: « Moi, comme l’ombre d’un ancien Omar », qui n’est bien entendu qu’Omar Khayyâm.

A la même époque parait un étonnant et « énigmatique » article dans le journal « Les lettres » de Grenade, en date du 30 octobre 1917, ayant pour titre « Comentarios a Omar Kayyam », signé d’un secret et mystérieux Abu-Abd-Alah… Des dizaines d’années plus tard on saura et il sera confirmé que ce pseudo d’ Abu-Abd-Alah n’est autre que celui du jeune, très jeune… Fédérico Garcia Lorca qui avait tenu à publier incognito : « Oh ! Magnifique Oriental au brillant éclatant de lune ! »

Et le jeune provincial caché derrière la signature d’Abu-Abd-Alah de poursuivre en s’exclamant : « Le vin versé dans les coupes de nos cœurs et modulé sur les échelles merveilleuses de nos sentiments nous donne certainement la vision exacte de notre sensation d’exister et de notre existence. Amour ! Beaucoup d’amour »…

Avant d’interpeller  avec admiration Khayyam lui-même : « … Divin et spirituel Omar de Nishâpur, toi tu as vu les hommes en train de lutter amarrés à l’hier comme au demain, et tu as vu proclamer le triomphe de l’aujourd’hui ! Toi, tu as contemplé le monde et sa mer de confusion et tu as dis, admirable : « Aujourd’hui ! Aujourd’hui ! Apportez moi du vin et les lèvres de l’aimée. Les roses sont les fleurs des fleurs, en elles est le vin du parfum. Déjà vient la nuit, mais j’allume ma torche de vin et de passion»… Mais la vie est le présent. Que nous importe ce qui est passé ou ce qui viendra ? Quand pleurons-nous ? Maintenant. Quand jouissons-nous ? Maintenant. Quand mourons-nous ? Maintenant.»…

Magnifique hommage du jeune Elève au Maître, Lui qui allait par la tragédie devenir un des Maîtres des Lettres Modernes.

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DOSSIER DE PRESSE

Pour sa prochaine exposition personnelle, le graphiste-collagiste Mustapha Boutadjine rend hommage à Federico Garcia Lorca : le 3 juin 2018, on célèbrera les 120 ans de l’artiste (écrivain, peintre et musicien) assassiné le 19 août 1936 par les milices franquistes, et dont le corps n’a jamais été retrouvé.

L’exposition :
Autour du point d’orgue de l’exposition, le grand portrait de Garcia Lorca réalisé par Mustapha Boutadjine en papiers déchirés, selon une technique perfectionnée durant plusieurs décennies, figureront d’autres portraits de figures insurgées, principalement issues des séries « Sous les pavés, le Gitan » et « Poètes » de l’artiste. Django Reinhardt, Esma Redzepova, Manitas de Plata, Tzigana, Diego El Cigala, Tony Gatlif, Arthur Rimbaud, Mahmoud Darwich, Louis Aragon, Kateb Yacine, Adonis, Jean-Luc Godard, Jean Genet…

Les collages de Mustapha Boutadjine sont des portraits composés à partir de fragments déchirés de magazines de luxe, qui viennent recouvrir un portrait initial reproduit par l’artiste à la mine de plomb d’après une photo. Impressionnants de vie et de virtuosité technique, ces grands portraits empruntent à la fois au graphisme et au collage, selon cette technique d’une minutie extrême par laquelle l’artiste parvient, au terme d’un long processus et d’un intime dialogue avec son modèle, à en restituer l’âme et le cœur.
Et pour compléter les œuvres du « serial colleur », une biographie de Federico Garcia Lorca, des livres, des textes et des photographies seront exposées dans cet hommage à l’auteur de Bodas de sangre ou de La casa de Bernarda Alba, interdit jusqu’en 1953 dans l’Espagne franquiste.

L’artiste :
Mustapha Boutadjine est un homme dont les engagements traversent pour ne pas dire constituent l’œuvre comme la vie. Cet artiste qui se définit comme graphiste-collagiste vit en France depuis 1988 et expose très régulièrement ses portraits de rebelles et d’insurgés de tous les pays en France et à l’étranger. Il présente également ses œuvres dans son atelier-galerie Artbribus du 13e arrondissement de Paris, dans lequel il accueille à l’occasion des artistes étrangers, notamment latino-américains.

Né en 1952 à Alger, Mustapha Boutadjine est diplômé de l’École supérieure des Beaux-Arts d’Alger en architecture d’intérieur, de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris en design industriel ainsi que d’un DEA en esthétique et sciences de l’art de la Sorbonne. Il vit en France depuis 1988.

Le livre :
Le portrait de Federico Garcia Lorca ainsi que les autres portraits de Mustapha Boutadjine sont également présents dans l’imposante monographie Collage Résistant(s) publié par les éditions Helvétius

Spécifications techniques :
320 pages – Couverture cartonnée – 28,8 x 40,8 cm – 70 euros
version couverture toilée, numérotée et signée ; 150 euros
152 œuvres couleur.
116 auteurs
1 DVD,
Préface d’Ernest Pignon-Ernest et postface de Patrick Le Hyaric. L’ouvrage peut être commandé directement sur le site de l’éditeur editionshelvetius.com, en librairie ou sur le site fnac.com.

Visuels presse :
Les images suivantes sont libres de droits dans le cadre de la promotion de l’exposition « Collage Résistant(s) – hommage à Federico Garcia Lorca » ou de l’ouvrage « Collage Résistant(s) ». Ils sont disponibles sur demande en haute définition auprès de Gaëlle Cueff (contact@gaelle-cueff.com).

Éditions Helvétius
21, place Maurice-Thorez. Local 1, 94800 – Villejuif
01 79 86 24 69
contact@editionshelvetius.com
www.editionshelvetius.com

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